Les pouvoirs de l'invisible

Nathalie Roudil-Paolucci

 

 

 

Si comme l'a écrit Paul Klee « l'art ne reproduit pas le visible mais rend visible », dans chacune des œuvres de Yoel Tordjman un mouvement de l'invisible au visible se déplie devant nous. La vision qui demeure ici, est celle du tremblement entre deux mondes. L’œuvre de Yoel Tordjman oscille dans le renversement telle la terre du laboureur qui retournée, montre l’envers de l’endroit.

 

Ici, l’art devient le médium de la tension de soi vers l’imprévisible, le lumineux, le numineux, le scintillant, le vide, le plein, l’arrêt, la déraison; apparitions et disparitions, donation d’un sens supérieur et transcendant…

 

 

L’œuvre cathartique

 

Les thérapeutes traditionnels comme les chamans, les guérisseurs, etc., permettent que se symbolise un passage pour éloigner ou redonner du sens aux entités qui habitaient l’esprit. L'art de ces « magiciens » amène la personne à s’adapter ou à redonner du rythme là où quelque chose était figé, cristallisé dans le cercle fermé d’une inquiétante et nébuleuse familiarité. Avec l’hypnose, de même, le patient perçoit le monde dans son mouvement tel un concertiste qui anime l’écoute. Le patient s’est libéré, dans la permission d’une jouissance supérieure émanant de sources psychiques profondes. La catharsis devient l'ordre d'une décharge partielle, sensible, sensuelle des inhibitions qui ont le droit d’être vécues, enfin ici, dans le passage de l’œuvre en mouvement.

Qui en réalité admet complètement les patterns socio-culturels à part le « normopathe » dans un « topos » figé? Nombreux sont ceux qui ressentent l’inédit, la différence dans le non advenu du monde. Tout héros tragique qui s’enfermait dans une " projection idéalisée du soi " perçoit dans l’œuvre ses fantasmes transformés en possibles réalités.

 

La méthode cathartique va consister à faire venir à la conscience des sentiments enfouis dans « l'inconscient ». « L'émergence des émotions ou affects dont le refoulement constitue la source de troubles psychiques libère le patient des angoisses et sentiments de culpabilité ». M. Escola, Le Tragique, Flammarion, GF-Corpus, 2002. Ainsi, ce qui ne satisfaisait pas, dans l’ici et maintenant car relevant d’un conditionnement aliénant, est transformé dans une simple relation apaisée au mondain. La souffrance peut disparaitre car elle vient de se révéler dans ce qui n’était pas de soi ; nœuds culturels et non-dits sociaux.

 

Quant à l’invisible de soi, il apparait dans l’équation symbolique des couleurs, des lumières, du scintillement, des poses, du vide, du plein… L’invisible sort de l’œuvre et danse avec le spectateur. La maladie sociale résultat du manque à dire et ce qui échappe individuellement ou collectivement se transforme dans le jeu des relations subjectives. L'imagination opérante, que l’on rencontre en hypnose et dans l’art hypnotique de Yoel Tordjman, thérapeute du mouvement, dilue ses adversaires : désespoir, défaite et non-sens de la vie sociale.

 

 

 

Dans ma pratique, je considère que l'imagination créatrice nourrit la pensée pour produire une réalité plus amène qui fait montre d’un mieux-être au monde. Les œuvres intérieures dépassent le donné symptomatique et relient l’intelligible au sensible. Le patient-artiste tisse du lien entre le logos et le sens.

 

 

 

Les œuvres du magicien Yoel Tordjman sont thérapeutiques, hypnotiques car l’artiste, peintre, plasticien, poète, musicien entend avant de faire entendre, écoute avant de dire, voit avant de donner à voir. Sa perception subjective se perd dans l'objet infini et universel. Nous sommes avec Yoel Tordjman, dans le primat de l'invisible sur le visible, là où s’anime dans l’apparition, l’expression d'un certain ordre du réel.

 

 

Figuration métaphorique

 

La proximité de l’œuvre fait reconnaitre l’inconnu de soi, propre présence dans ses méandres et ses « vérités». Le visible reconnaît l'invisible comme son vrai fondement.

On trouve ici ce que l’être humain rencontre en lui-même par des symbolisations énigmatiques; figures allusives et métaphores qui deviennent thérapeutiques. « La métaphore n’est pas l’énigme mais la solution de l’énigme» dit (Paul Ricoeur).

La figuration des soubassements de l’esprit inconscient va fournir un apaisement aux instances conscientes des spectateurs. Pas de langage verbal, pas de recherche de sens mais une symbolisation dans l’oblique de soi.

L’œuvre fait apparaitre le non-dicible, productions complexes et syncrétiques spontanées des rêves, des hallucinations et de ce que certains appelaient symptômes.

 

 

 

Œuvre hypnotique ou symbolisation accompagnée

 

 

L’hypnose art de la découverte du réel en soi, fait apparaître tous les mondes intérieurs et donne à comprendre les résonnances entre chacun. Durant une séance d’hypnose ou d’hypnothérapie on ne cherche plus à vouloir comprendre une seule partie de la réalité mais on cherche à découvrir le fond au-delà des formes ; on cherche à voir, entendre, sentir, ce qui « Est ». L’ensemble du « tout-de-soi » se déploie à la conscience, sans tabou du sur-moi et de projections culturelles. La noesis, faculté d'atteindre la vérité par l'intuition ou en d’autres termes faculté d’atteindre l’immanence dans la transcendance, met en contact l’être humain avec sa conscience interne et lui redonne du rythme là où il y en avait plus. Un certain « on » avait dit au patient qu’il s’était égaré; il égare maintenant cet égarement au profit du réel. Dans une séance d’hypnose la symbolisation et l’imaginaire raccompagnent enfin la personne dans l’acceptation de sa singularité. Du symptôme on passe à la création sans qu’il soit nécessaire de savoir les significations internes de ses productions. Le processus de transformation tel qu’il est vécu dans les séances d’hypnose libère la psyché de ses angoisses du désordre en créant un processus d’adaptation au monde.

 

L’œuvre de Yoel Tordjman est une hypnothérapie qui fait entrer en relation avec des êtres ou des « choses » internes et dans le même processus que l’hypnose elle transforme le symptôme en création et mouvement cathartique.

 

 

 

Processus de transformation

 

L’œuvre fait miroir à l’indicible et à l’inanalysable du « refoulé primitif » que la « normopathie » cherchait à décoder et « symptômatiser». Yoel Tordjman apporte une vision, une visée vers quelque chose qui n'était pas encore et qui nous enjoint maintenant dans sa prose transformée à lire, écouter, voir, ressentir ce qui semblait symptomatique et séparé du monde. Ici, le processus de transformation se vit sur le mode métaphorique; la création est guérison en devenir, acceptation du trouble entre deux mondes, mouvement et passage de l’imagination devenue opérante pour que la réalité du monde social et culturel puisse rentrer dans le jeu (je) humain.

a vocation de l’art de Yoel Tordjman est dans la stimulation de cette guérison. Son existence fait survivre le symptôme tout en le transformant. Rien n’est mis au rebus ; le symptôme prend l’allure d’un icône éclairant et transfigurant l’au-delà dans l’ici de la joie, de la beauté et de la paix.

 

L’art n’est pas la manifestation d'une réalité sociale mais la manifestation des cristaux symptomatiques de la déraison sociale et de la raison transcendante. C’est le champ existentiel exalté métaphoriquement, l'ouverture sur un non advenu qui se phénoménalise et passe de l’évènement à l’avènement.

 

«Etre» prend toute sa forme dans la possibilité des réalités universelles, l’acte ne cherche pas l’être « sain d'esprit » mais la santé spirituelle qui requiert un sens et une adaptabilité bien plus vaste.

 

Yoel Tordjman est le créateur qui détourne, retourne, transforme, déforme l’image pour montrer son autre vision. Son œuvre est thérapeutique dans le sens où elle permet à l’être de culture de se mesurer à sa capacité de bouleversement interne et de s’autoréguler avec sa singularité.

 

 

 

Immanence de la transcendance

 

L'artiste n’incarne pas son "moi" dans son œuvre, il manifeste l’universalité de la phusis à travers les images de l'imagination, du présent à l’état pur, de l’objet qui nous regarde, du feu de nos cœurs, de la lumière qui fait nous fait croitre... Il n’y a plus d’objets absents mais seulement des objets présents qui s’exposent entre l’envers et l’endroit du monde. Des objets qui ne sont pas réductibles à une illusion mais qui donnent à vivre l’objet du réel en dehors du langage et de la raison commune.

 

La perspective du livre d’écriture qui se lit dans une parole intérieure est transcendante. Ce qui était perdu et illisible s’expose dans l’intuition créatrice.

 

«La lumiere sont les lettres qui éclairent l'obscurité. Camera obscura de ce monde.»

 

 

 

 

L’œuvre de Yoel Tordman fait signe dans le frissonnement du paradoxe, soigne, apaise et fait sens.

 

 

 

 

Nathalie

Roudil-Paolucci

 

Présidente de l’Institut Noesis,

 

Hypnose

 

ericksonienne, Coaching intégratif, art de la Communication. Maître praticienne en hypnose ericksonienne et hypnose thérapeutique, coach, consultante en philosophie.

 

 

 

http://institut-noesis.fr/